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Nous, on veut vivre

mardi 27 mai 2008, par soph ki peu

Voici un texte écrit par un collectif lycéen trouvé sur Indymédia Grenoble Je vous le livre tel quel

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Nous, on veut vivre


Jeudi 15 Mai 2008, Grenoble
 : le centre-ville est le théâtre de plusieurs heures d’affrontements entre quelques milliers de manifestants et les forces de l’ordre. Manifestations sauvages à répétition, lancer de canettes, de pommes pourries, ou de caillasses d’un côté, contre flashballs et grenades lacrymogènes à outrance (plus de 250 tirées dans la journée) de l’autre. L’énergie, l’entêtement et l’endurance des manifestants ont marqué les esprits et notamment ceux des tenants de l’ordre établi, qu’ils soient policiers, journalistes ou syndicalistes. Et de s’indigner plus ou moins ouvertement contre "ces pratiques qui ne mènent à rien", cette "routine des affrontements", de stigmatiser des "militants anarcho-libertaires manipulateurs". Avec, au bout, toujours les même questions : "mais pourquoi vous faites ça ? " ; "qu’est-ce que vous voulez ?".
Ce qu’on veut ?

Nous, on veut pas finir policier.

Lors de la dernière manif’ lycéenne, Jean-Claude Borel-Garin, directeur départemental de la sécurité publique et commissaire central de Grenoble, a fait la morale aux manifestants pour leur expliquer comment réaliser une manif’ "réussie". C’est normal, il s’y connaît : c’est un homme qui a tout "réussi". Ancien numéro 2 du Raid, il vient d’être nommé "contrôleur général", un des plus hauts grades de la Police. Ayant grandi dans la cité ouvrière et populaire de Jean Macé, parmi les pauvres ; il est maintenant bien installé parmi les dominants, habitant une maison chic dans les hauteurs embourgeoisées de Corenc. On comprend donc tout l’intérêt qu’il a à ce que les manifs soient "réussies", c’est-à-dire inoffensives pour les dominants.
Sans doute un modèle pour Amin Boutaghane, directeur des Renseignements Généraux de l’Isère et chevalier de la Légion d’honneur, ou Dorothée Celard, 26 ans et Commissaire-adjoint de sécurité-proximité de Grenoble à la tête de 400 policiers.
Ces différents exemples de "réussite" nous font vomir. Une vie passée à la défense de l’ordre établi, de l’Etat et des dominants. Une vie à ficher, interpeller, réprimer les pauvres, les fouilles-merdes, les pas normaux, les engagées, les enragés. Merci, très peu pour nous.
Nous, on ne veut ni de piscine à Meylan, ni de Légion d’honneur, ni de salaires mirobolants. Nous ne cherchons pas à avoir une vie "réussie" mais à réfléchir à comment la vie pourrait valoir le coup d’être vécue.

Nous, on veut pas finir au Daubé (ni à Libé).

Le Daubé, qui ajoute ses notes au concert médiatique nauséabond sur les "évènements" de mai 68, mais qui dénigre la page d’après les manifestations de colère actuelles.
Le Daubé qui ne manque jamais d’enthousiasme et d’entrain pour relater telle inauguration, tel match de rugby, tel débat chiant à mourir. Mais qui à propos des manifestations sauvages parle, avec dédain, de "routine".
Non, ce n’est pas ça la routine. La routine, c’est le travail quotidien des Denis Masliah ou Vanessa Laime, "journalistes" au Daubé en faits divers. Être obligé de se torturer l’esprit pour trouver quelques traits d’humour afin d’agrémenter les informations brutes - jamais vérifiées - de la Police ; voilà bien un triste métier. On comprend dès lors qu’ils méprisent celles et ceux qui tentent de sortir d’une routine, de vivre intensément.
La routine, c’est aussi "Grenews", dernier rejeton du Daubé, qui court après les "jeunes qui bougent" qu’ils soient footeux, artistes ou contestataires pour tenter de grappiller de nouveaux lecteurs et ainsi satisfaire les publicitaires. Vendre du temps de cerveau disponible à Ikea, Renault, ou au Summum, voilà toute l’ambition politique du Daubé.
La routine, c’est l’inverse de ce que devrait faire des journalistes. Un travail d’enquêtes et d’investigations pétri d’esprit critique bien loin de la production de lèche-cul-des-autorités du Daubé. Nous, on a soif de véritables informations. On veut comprendre le monde dans lequel on vit. Pas celui des élites, le vrai.

Nous, on veut pas finir à la CGT

Quelle tristesse que le spectacle de ces cortèges mous, transpirant la certitude d’être entrain de tout perdre. Quelle désolation que de s’apercevoir que les intérêts du pouvoir et des responsables syndicaux sont liés ; et qu’ils s’entendent très bien pour ne pas faire déborder les luttes des cadres établis, pour qu’elles ne remettent pas trop en cause le système. Quelle consternation que de voir les ex-responsables syndicaux lycéens ou étudiants rejoindre les structures du pouvoir (par exemple, au niveau local, Laure Masson et Hélène Vincent, anciennes responsables de l’Unef, aujourd’hui adjointes au maire de Grenoble).
Nous, on veut pas, dans 20 ans, se retrouver à défiler pour s’indigner contre le passage à 53 années et demi de cotisations, puis remballer nos autocollants et banderoles deux manifs plus tard, après que nos dirigeants aient obtenu des "garanties" du gouvernement. Nous, si l’on sort dans la rue, c’est parce que l’on étouffe dans les règles et normes de cette société ; et qu’on veut la changer, ici et maintenant.
"Discours, merguez et traditions. Elle est pour quand, la révolution ?"

N’en déplaise à ceux qui aimeraient bien nous catégoriser ("jeunes radicaux", "révolutionnaires", "anarcho-libertaires", "ultra-gauchistes", "casseurs", "adolescents attardés", "totos"....), nous ne rentrons pas dans des cases. Différents, multiples, non réductibles à une appellation, nous sommes unis par le refus de la fatalité et la volonté d’essayer d’ouvrir des possibles, loin des trottoirs battus.
Pas naïfs pour autant, nous sommes bien conscients que coincés entre la BAC et le Bac, ce mouvement-ci va peut-être mourir petit-à-petit. Mais ce sera pour mieux revenir plus tard. "Back dans les bacs".
Avec toujours la même volonté de relancer l’économiste le plus loin possible et de libérer nos vies du culte du fric, de la marchandise, et de la nouvelle-réalité—mondiale-à-laquelle-il-faut-s’adapter.
Avec toujours la même volonté de résister avant que les dernières "innovations" technologiques (vidéosurveillance, biométrie, puces implantables sous la peau, drônes...) rendent suicidaires toute opposition au pouvoir.

Nous on a des rêves
De grèves sans trêves où l’on trouve du groove
D’instants intenses dépassant les interdits installés
Face à la morne mélancolie, on veut remplir nos vies de poésie
Même dans les tracts et pouvoir aux bas mots
Casser la barack, comme Obama.

Nous avons toute la vie pour ne pas nous contenter de notre sort
Nous aurons toute la mort pour ne pas avoir de remords

Nous, on veut vivre.

Premiers signataires :
Association "Place de Verdun : J’y suis, j’y reste" ; groupe "La Rue Kinousappartient" ; A l’Attac 38 ; Solidarité Bande de Gazage ; Union "Touche pas à ma rue" ; Comité pour un gazage sans OGM ; mouvement "Guerre sociale et amour fou" ; comité "Passe sur la BAC d’abord" ; club "GF 38" (Gazs vs Fumigènes 38) ; Michel et Olivier (Derniers Poilus de la Bataille de Verdun) ; parti NPA (Noix et Pommes Avariées), Michael scofield de Prison Break, union syndicale CRS (Citron, Rage et Sérum phy) ; groupe-Facebook "Salut, ça gaze ? ", collectif unitaire "Un jour, j’irai au Rectorat avec toi..." ; Ligue des Droits des Pommes, Association "Arrêté, crie ton nom" (ACTN), Réseau FTC (Fous Ta Cagoule), FIDL Gastro, Front de Libération des Rues, fan-club de Magali Coppere...

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